«Pour les musulmans» ou contre l’indifférence

Actuellement en échange universitaire à Copenhague, l’une de nos membres a pris le temps de nous adresser son retour de lecture du livre « Pour les musulmans » d’Edwy PLENEL, que nous avions invité à Sciences Po début octobre

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Edwy Plenel, co-fondateur et président de Médiapart, vient de publier un essai retentissant. Plus qu’un livre, «Pour les musulmans», c’est un engagement pour la paix en ces temps de surenchères islamophobes. Il est une once d’espoir qui tire les musulmans de leur solitude. 

L’ouvrage est librement inspiré d’un texte d’Emile Zola, «Pour les Juifs» (1896), son premier «j’accuse» qui l’engagera dans la lutte anti-dreyfusarde. Comme Emile Zola qui se saisit de sa plume pour dénoncer l’odieuse campagne anti-juive de son temps, Edwy Plenel lance un cri d’alarme contre une islamophobie banalisée. De même qu’à la fin du XIXe siècle, nous continuons à craindre un complot étranger et nous construisons un «ennemi intérieur». La peur du terrorisme islamiste s’est substituée à celle du judéo-bolchévisme. Les Musulmans, comme les Juifs autrefois, avancent à visage masqué et agissent dans l’ombre. Ils représentent un «problème», leur religion semble «incompatible» avec nos valeurs républicaines. Désormais, l’archivti-musulmane héritée du temps des croisades se superpose au vieil antisémitisme chrétien qui mènera aux folies meurtrières du XXe siècle.

Le racisme n’est donc pas un déchet du passé, il fait seulement peau neuve. Son spectre hante toujours les milieux mondains et les hautes sphères du pouvoir. L’essai pointe la responsabilité de l’ensemble du personnel politique appuyé par des intellectuels et médias suivistes dans la fabrication d’un racisme culturaliste. Edwy Plenel nous rappel notamment le discours polémique tenu en 2012 par Claude Guéant, alors Ministre de l’Intérieur, expliquant que « toutes les civilisations ne se valent pas». Le Parti Socialiste emprunte aussi la rhétorique de l’extrême droite semblant oublieuse de sa vocation originelle, la lutte des inégalités. Les médias encouragent également la banalisation de la haine islamophobe en produisant des sondages ambivalents, des éditoriaux enflammés ou encore des unes racoleuses.

Bref, la visibilité des musulmans devient encombrante, on cherche à l’effacer du paysage. La laïcité prend des allures répressives et vise exclusivement à leur stigmatisation.

Le propos d’Edwy Plenel est bienvenu à maints égards. Il nous informe des dangers qu’encourent nos institutions. L’engrenage sécuritaire et l’acharnement réactionnaire mettent en péril notre démocratie. L’auteur insiste : il n’y a pas de solide communauté nationale sans l’acceptation des particularismes. La République existe si elle nous appartient tous. Ce livre n’est pas exclusivement dédié aux musulmans de France. Il est dédié à chacun d’entre nous. Chaque citoyen doit s’indigner de la fragmentation ethnique et religieuse de la France. Autrement dit, s’indigner de l’érosion de sa communauté nationale.

Enfin, cet essai est salvateur parce qu’il récuse l’injonction au mimétisme. Edwy Plenel dit non au renoncement à soi, au sacrifice identitaire. Il invite les musulmans à prendre conscience d’eux-mêmes.

Chayma Drira

Retour sur la réunion d’information de rentrée 2014

Vous étiez près d’une trentaine au rendez-vous, jeudi 4 septembre dernier. L’objectif était de présenter l’association, nos membres et nos objectifs cette année.

Que signifie Salaam ? S’il est littéralement la « paix », ce mot est aussi utilisé dans les pays musulmans lorsqu’on rencontre l’autre, par courtoisie et bienveillance.

Salaam, l’association, prône la pacification des discussions autour de l’Islam et les musulmans, pour une meilleure compréhension du fait religieux musulman et un meilleur vivre-ensemble.

De quelle paix parle-t-on ? Nous avons évoqué ensemble la couverture médiatique du fait religieux musulman, fréquemment appréhendé comme un « problème » et dérapant parfois dans l’Islam bashing. Cet angle d’appréhension et la faible connaissance de la religion musulmane de la part de l’opinion entraînent des réactions de rejet qui peuvent virer à l’islamophobie. Celle-ci est alimentée par des discours banalisés qui renforcent les anxiétés en agitant le chiffon rouge du choc des civilisations. Il y a besoin de calme, de paix, il y a besoin d’intelligence, il y a besoin de connaissance.

Salaam souhaite être l’endroit où l’on échange et apprend intelligemment sur les réalités actuelles de l’Islam et les musulmans, leurs tenants et aboutissants.

Qu’est-ce que finalement Salaam ? Une association qui cherche à donner les clés pour comprendre les enjeux liés au fait religieux musulman ; qui offre une plateforme de débats animés, riches, et pertinents ; qui agit contre l’ignorance, les tentations de repli sur soi, et pour la rencontre des cultures, la sensibilisation à l’autre.

Qu’a fait Salaam jusqu’à présent ? Salaam fête sa 4ème bougie cette année.
4 ans de conférences (« Islam politique », « féminismes islamiques », « Vivre sa foi en prison », « Société du spectacle islamique », « Entreprenariat et éthique musulmane », « Dimensions spirituelles de l’Islam », « Le hallal », « Sexualité en Islam »…) ; d’événements culturels (projections « Californian Muslims », « Islam polonais », diner de l’Eid, exposition de calligraphies…) ; de dialogue inter-religieux ; d’actions humanitaires (« Concert pour la Syrie », récolte de jouets et de denrées alimentaires, maraudes…), de publications sur internet (Abécédaire du Ramadhan, revues de presse, parcours de croyants, zoom sur un savant ou intellectuel musulman…). Sans vouloir être exhaustif, il reste à relever que l’année dernière, nous avons même organisé un voyage en Andalousie !

Que veut faire Salaam cette année ? Nous comptons ouvrir le débat sur des questions chaudes comme celle de l’application de la loi islamique, de la supposée réapparition du « Califat islamique », de la notion de djihad, de la place minorités musulmanes en terres d’Islam, du chiisme… Nous comptons aussi sortir de la temporalité et faire découvrir le riche patrimoine intellectuel et culturel de l’Andalousie musulmane, faire découvrir la pratique de l’Islam ailleurs, créer des événements culturels comme une semaine de l’Islam, animer des activités de discussions spirituelles et des échanges de lectures, maintenir nos activités humanitaires et le dialogue inter-religieux et inter-associatif.

Enfin, l’équipe de l’année en cours a été présentée ainsi que nos partenaires, avant de laisser à notre Charte, le soin de faire un clin d’oeil à quelques interrogations :

1 - Salaam, une association communautaire ?

« Nous nous inscrivons dans une démarche d’ouverture. Nous nous adressons en premier lieu aux étudiants de Sciences Po et aux personnes non-initiées aux sujets explorés par Salaam. »  Art. 3 de la Charte des membres

2 - Salaam, une association « thé à la menthe » ?

«Notre ambition est de promouvoir la discussion autour de l’Islam dans la diversité de ses réalités et l’universalité de ses valeurs. Nous visons à explorer les dimensions tant culturelles que cultuelles du fait religieux musulman afin de faire découvrir sa complexité et renouveler son image. » Art. 1 de la Charte des membres

3 - Salaam, une association « victimaire » ?

«Nous sommes un forum d’échanges pacifiés auxquels chacun peut participer, quelque soient ses opinions et croyances, et dans le respect des sensibilités… » Art. 2 de la Charte des membres

4 - Salaam, une étiquetée politiquement ou religieusement  ?

« L’association est apolitique, n’est pas religieuse et ne s’affilie à aucun courant idéologique. » Art. 5 de la Charte des membres

Puis nous avons discuté de manière conviviale et nous nous sommes promis de rester en contact :

Internet : www.salaamscepo.com

Email : salaam.sp@gmail.com

FB : Salaam Sciences Po

Les dix derniers jours de Ramadhan et la quête de laylatul qadr

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

1. Nous l’avons certes, fait descendre (le Coran) pendant la nuit d’Al-Qadr.

2. Et qui te dira ce qu’est la nuit d’Al-Qadr?

3. La nuit d’Al-Qadr est meilleure que mille mois.

4. Durant celle-ci descendent les Anges ainsi que l’Esprit, par permission de leur Seigneur pour tout ordre.

5. Elle est paix et salut jusqu’à l’apparition de l’aube.

Chaque année, les dix dernières nuits de Ramadhan viennent redynamiser la routine des jeûneurs en quête de Laylatul Qadr, nuit bénie. Cette nuit (Layl) d’al Qadr –souvent traduit en anglais par « power », et d’avantage par « destin » en Français, montrant ainsi la richesse sémantique du terme – est dans la croyance musulmane celle durant laquelle le Coran aurait été dans un premier temps transmis par Dieu à l’ange Gabriel (Djibril). C’est également durant Laylatul Qadr que l’ange aurait fait parvenir la Révélation divine pour la première fois au prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui).

Une autre des caractéristiques de cette nuit nous a été enseignée par le prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) : la prière, durant Laylatul Qadr, si elle est pratiquée avec « une foi ferme et en cherchant la récompense divine » tous nos péchés passés seront pardonnés (hadith rapporté par Al-Bukhari, Muslim, entre autres, d’après la narration d’Abu Hurayra).

Si nul ne sait avec certitude à quelle date correspond cette nuit bénie, cette annonce du sceau des prophètes a suffi à susciter l’intérêt des savants musulmans qui la situeraient dans les nuits impaires de la fin du mois de Ramadhan, plus probablement autour du 27e jour (24 Juillet). Dans le doute, de nombreux croyants passent des nuits en prière ou en méditation, donnant lieu à des retraites spirituelles dans les mosquées, par exemple.

Laylatul Qadr est ainsi l’occasion de renouveler le travail sur notre spiritualité à laquelle nous appelle le mois de Ramadhan, et qui tend à s’essouffler dans les derniers jours, tandis que la fatigue de l’effort physique du jeûne prend le dessus. Les croyants sont encouragés à multiplier les actes d’adoration envers Dieu, que ce soit par la prière, ou encore la lecture et l’étude du Coran ou de la sîra (biographie) du prophète Muhammad (pbsl), … Il s’agit de prendre le temps de remercier notre Créateur pour ses bénédictions, l’invoquer dans l’espoir que ces actions que l’on regrette nous seront pardonnées et qu’à l’avenir, Il saura nous inspirer au meilleur.

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Laylatul Qadr arrive pour moi à point nommé, cette année encore. Alors que je me sens submergée par les horreurs commises par l’être humain aux quatre coins du monde, alors que je m’indigne –semble-t-il sans conséquence aucune- devant l’indifférence, alors que j’ai la sensation de faire-la-nage-du-petit-chien-dans-l’eau, brasser du vent, par mon action politique d’échelle microscopique, il m’est agréable de penser que Celui qui peut tout m’écoute. Il m’était vital de savoir qu’Il m’entend et exaucera mes prières pour mes frères et sœurs en humanité, si telle est Sa volonté. Et il est bon de croire Le voir me répondre à la lecture de ce verset : Fa inna ma’a l’usri yusra… Avec la difficulté vient la facilité.