Ils sont devenus fous

Ils deviennent tous fous en ce moment. Le problème avec les fous, c’est qu’ils restent rarement chez eux à se cogner la tête contre les murs. Ils sortent en public pour exposer leur folie au grand jour et pour faire un tas de bêtises.

Comment ouvrir le bal autrement que par la danse morbide des frères Tsarnaev ? S’ il est avéré que les deux suspects sont les auteurs des attentats de Boston (comme l’affirme le FBI et comme l’aurait confirmé Djokhar au propriétaire de 4×4 qu’il avait braqué), alors ces deux là sont devenus complètement fous.

On ne connait pas encore le fond de leur motivation mais le mal est déjà fait. Grâce au journal Le Monde, on sait à grand renfort d’informations mises bout à bout que l’ainé était « très pratiquant » qu’il ne buvait pas d’alcool, qu’il abhorrait la dépravation des mœurs américaines et que sa petite chaîne youtube traduisait un penchant pour « l’islam radical ». A côté, Djokhar est décrit comme le mec cool « totalement intégré » qui s’est laissé engrainer par son frère dans une bêtise qui l’a dépassée.

Dès lors, les frères Tsarnaev ne sont plus de « simples fous » comme ont pu l’être le tueur d’Aurora ou le psycho qui a fait un carton dans une école maternelle. Non, les frères Tsarnaev sont musulmans et l’idéologie fait toute la différence pour distinguer les terroristes des tarés.

C’est une loi de la nature, tous les groupements humains comportent leur lots de mecs instables, de gars bizarres qui sont prêts à péter une durite. Mais il suffit d’apposer le label djihadiste pour que l’affaire prenne une ampleur monstre et marque durablement les esprits. Dans la foulée de l’affaire Mehrah, un mec un peu désespéré avait bien exploité le filon en allant braquer une banque à Toulouse. Il s’est mis à clamer tout haut qu’il était affilié à Al Quaida !  Forcément on l’a pris très au sérieux.

Parce que dans toute la formation Al Quaida, il doit bien y avoir un BTS braqueur de banques quelque part. On vous apprend à faire un braquage djihadiste, en disant « Allah Akhbar » toutes les 30 secondes, en courant de partout avec un grand drapeau noir et en insistant bien sur le fait que si vous avez choisi la banque de votre quartier, bah c’est pour venger vos frères palestiniens, afghans et irakiens de la barbarie des infidèles.

Donc à l’avenir, un souhait ou plutôt une requête à destination des mecs qui vont fondre les plombs. Ne mêlez pas l’Islam aux massacres d’innocents! Laissez les médias chercher à votre place les raisons de votre folie profonde, ils mettront la responsabilité sur les séries violentes, GTA IV ou Marilyn Monson.

Parce qu’en plus d’ôter la vie injustement, les frères Tsarnaev jettent l’opprobre sur tous les musulmans qui vivent dans des sociétés occidentales. T’es musulman, solitaire, tu fais un peu de boxe et tu ne bois pas d’alcool ? T’as un profil de terroriste. T’es jeune, musulman, plutôt cool, sociable et bien vu dans ton lycée ? Bah devine quoi, tu corresponds aussi au profil terroriste !

Ces dernières années, les auteurs de tentatives d’attentats au nom de l’Islam ont souvent été des étudiants ou des personnes de catégorie socio-professionelle supérieure (cf les attentats de Londres, le prothésiste dentaire de Marignane ou encore la tentative déjouée au Canada où l’un des suspects était doctorant).

Il faut donc comprendre que pour les services de sécurité, le profiling va être de plus en plus délicat à mettre en place puisque le seul critère qui revient incessamment c’est l’appartenance à « l’islam radical ». L’ennemi de l’intérieur fait de plus en plus peur, il suffit de voir la tournure que prend la série « Homeland » aux US pour s’en convaincre.

Autant dire que la pression risque de s’accentuer sur les musulmans, notamment ceux qui sont impliqués dans des activités associatives. Donc on précise pour le stagiaire de la DCRI qui lira ces quelques lignes, à Salaam tout est clean, le seul truc qui nous fait un peu flipper c’est le club Disney qui s’est récemment crée. Tant qu’ils n’auront pas retrouvé la lampe magique, on est plutôt tranquille niveau sécurité.

Ils sont fous les gens qui vouent une admiration pour les terroristes. Vous ne pouvez pas aimer Zizou à la place comme tout le monde ? Imaginez un peu l’état de Latifa Ibn Ziaten quand des gogoles lui ont hurlé au visage que Merah, l’assassin de son fils était un « héros de l’Islam, mort en martyr ». On vous invite à aller écouter son témoignage demain à Sevran. Car comme le rappelle l’association Idées de Sevran, le plus important est d’écouter les victimes.

Ils sont fous les médias qui couvrent ces évènements. Pourquoi à chaque fois qu’il se passe un truc aux US, Le Monde se met en mode « live » ? Pour Sandy, on avait tout un live qui tournait autour du maintien ou non du Marathon de New York et de l’heure à laquelle arriveraient les pizzas des journalistes. Vous avez même publié des « témoignages » de personnes qui s’ennuyaient parce que l’électricité était coupée. Avez-vous fait la même chose pour les inondations au Pakistan en 2010 qui ont touché 21 millions d’habitants et tué 1800 personnes ? Ca vous préoccupait à l’époque le maintien de la coupe du monde de Kabadi ? Mais vous êtes complètement ouf ma parole.

Pour Boston, on avait des images minutes après minutes du Swat qui se planquait dans les arbres, des quartiers qui étaient évacués, des voitures de polices garées comme un jour de marché aux puces…

Au final, le média qui a pondu les article les plus sérieux sur le sujet reste encore Legorafi avant même qu’on ait identifié les deux suspects (voir ici ou la)

Sinon, le même jour, Al Quaida a placé une bombe dans une mosquée en Irak qui a tué 8 personnes. On ne connait pas leurs noms, Laurent Wauquiez et Frederick Lefebre n’ont pas jugé bon de tweeter dans la foulée en soutien aux irakiens, ni promis de se tenir au courant de l’évolution du nombre de victimes minute après minute. Au Pakistan et en Irak, des centaines et des centaines de personnes sont mortes dans des attentats au cours des derniers mois. Sans oublier qu’en Syrie, les victimes se comptent par milliers.

Conclusion ? Les musulmans s’entretuent plus qu’ils ne tuent autrui.

Autre scoop pour clore le volet sur le terrorisme, une enquête d’Europol publiée en 2011 révélait que 0,6% des actes terroristes relevés sur le sol européen depuis 2006 étaient le fait de djihadistes. Les séparatistes caracolent en tête du classement suivis par l’extrême gauche et l’extrême droite. Voilà voilà.

Sinon, ils sont fous les médias qui parlent à demi-mot de ce qui se joue en Birmanie. Faut que les Rohingya fassent un Harlem Shake pour attirer votre attention ?

Dans un autre style, moins funeste certes, mais flippant toutefois, elle est devenue folle la directrice d’une école maternelle de Bondy. Madame a adressé une note aux parents stipulant qu’en vertu de la laïcité, tous les enfants sont tenus de manger de la viande à la cantine.

C’est fatiguant quand l’histoire se répète. On en avait déjà parlé ici. Oui, son geste peut se comprendre et nul besoin de l’insulter, de la menacer ou de la vilipender. Elle a des enfants de 3 à 5 ans à sa charge et pour peu que le menu comporte de la moussaka ou du hachis parmentier, elle va se retrouver avec des enfants qui n’ont qu’une salade de choux et un abricot dans le ventre. Mais de là à utiliser la laïcité pour obliger des enfants à manger de la viande, il faut être fou!

Donc on reprend. Oui c’est difficile de composer avec les interdits alimentaires de chacun. Oui, la cantine est un service public qui ne doit pas se soumettre à des intérêts particuliers. Mais, que disent les consignes du Ministère ? Elles prévoient « la prise en compte des habitudes et des coutume alimentaires familiales pour les enfants d’origine étrangère » ou encore une possibilité d’adaptation des menus en fonction de croyances religieuses.

C’est le Ministère qui le dit !! Et pour avoir travaillé en centre aéré, c’est tout à fait faisable de prévoir une alternative à la viande avec des plats à base de poisson ou de légumes. Et puis doit bien y’avoir des parents végétariens qui transmettent leurs pratiques alimentaires à leur enfants. On va leur causer laïcité aussi ?

Il est vraiment important de veiller au maintien du vivre-ensemble et ça suppose des efforts de la part de tout le monde. Donc on arrête les coups de folie, les interprétations bizarres de la laïcité et on se remet au travail. A noter que depuis, la Directrice de l’école a présenté ses excuses, il faut donc en tenir compte.

Ainsi s’achève une semaine de fou. En espérant que les jours à venir seront plus calmes et qu’on n’aura pas besoin de revenir sur ces tristes épisodes. Et à force de les observer tous, on se sent un peu comme Erving Goffman dans « Asiles », à se dire qu’on a besoin de ces fous pour se sentir sain d’esprit.

KH

PS:  Le plus fou au final, ça reste les américains qui confondent encore la République Tchèque et la Tchétchénie.

Colloque « L’islamophobie en question » le 20 avril

COLLOQUE: L’islamophobie en questions 

               20 avril 2013, Sciences Po, amphi E. Boutmy De 9h30 à 17h30

Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Évènement conjointement organisé par Salaam et le CCIF, sous la direction scientifique du sociologue, chargé de recherche à l’EHESS, Marwan Muhammed.

****Dans le contexte hexagonal, la « question musulmane » est au cœur de nombreuses controverses remettant en cause la légitimité de la présence des musulmans (ou présumés) ainsi que la visibilité de l’Islam pratiqué sur le territoire national. Cette hostilité, revendiquée ou implicite, à l’encontre des musulmans se manifeste, au moins depuis la fin des années 1970, par une forte inflation de discours et de pratiques de disqualification et de discrimination. Or, si la connaissance scientifique sur les pratiques religieuses des musulmans et sur l’institutionnalisation de l’Islam en France s’est considérablement développée depuis trois décennies, l’islamophobie, de manière très contrastée, n’a pas encore fait l’objet d’enquêtes historiques et sociologiques d’envergure. Sur ce point le contexte académique français contraste avec celui du monde universitaire anglophone, où s’accumulent des travaux pluri-disciplinaires sur le concept et la réalité de l’islamophobie. A titre d’exemple, l’université de Berkley vient de créer une revue et un centre de recherche dédiés à cette problématique.

La construction du « problème musulman » se trouve aujourd’hui au carrefour de nombreux enjeux sociaux. Il s’enracine dans une longue histoire entre l’Islam et l’Occident davantage marquée par les conflits et la colonisation que par l’interconnaissance et les alliances. En France, il est également indissociable d’une histoire douloureuse entre la république et la religion, du poids de l’immigration dans la construction de l’identité nationale ou des enjeux d’égalité entre femmes et hommes. Il est structuré par la question sociale et urbaine au regard de la fragilité socioéconomique d’une majorité de musulmans souvent installés dans des quartiers d’habitat social. Il résonne avec le contexte géopolitique contemporain, des tensions au Proche-Orient aux révolutions arabes en passant par la « lutte contre le terrorisme ».

S’appuyant sur des contributions académiques, l’objectif de ce colloque est de contribuer à clarifier les enjeux sous-jacents au rejet de l’Islam. Il s’agit autant d’interroger la valeur heuristique du concept d’islamophobie, que d’analyser les différents processus à l’œuvre dans la construction du « problème musulman » dans la France contemporaine en insistant sur l’importance des configurations et des stratégies des acteurs et en pointant les reconfigurations idéologiques et politiques autour du rejet de l’Islam visible. L’hypothèse centrale qui sera soumis à l’examen critique des intervenants, est celui d’un renforcement considérable du phénomène « d’altérisation religieuse » qui tend à expliquer la réalité sociale par des facteurs racialo-religieux en se diffusant dans plusieurs espaces sociaux (médiatique, politique, scolaire, administratif, etc.). Il s’agit aussi d’interroger les effets produits par l’islamophobie discursive, tant pour ceux qui l’énoncent (rétribution symbolique ou matérielle de la « cause islamophobe ») que pour ceux qui la subissent (l’islamophobie en actes, c’est-à-dire les pratiques discriminatoires visant spécifiquement les musulmans). Ceci pose la question de la mesure du phénomène par des indicateurs scientifiquement établis et par l’élaboration d’une méthodologie appropriée. Il s’agit enfin d’étudier la réception du discours islamophobe par les musulmans ainsi que les formes de contestation – ou de déni – de l’islamophobie par l’action collective et la mobilisation du droit anti-discrimination.

*****PROGRAMME*****

Introduction : 9h30-10h00

Mot d’accueil de Sofiane Ait-Bouzid (président de Salaam Sciences Po), Samy Debah (président du CCIF) et Marwan Mohammed (chargé de recherche CNRS, coordinateur scientifique du colloque)

Session 1 : 10h00-11h30

Circulations historiques des préjugés islamophobes

Animateur : Alain Gresh (journaliste)

▬ John V. Tolan (Université de Nantes) : Du regard du subalterne à la vision colonialiste : inversion de perspectives dans l’histoire de l’islamophobie européenne
▬ Ann Thomson (Université Paris 8) : Europe des Lumières et de l’Islam
▬ Françoise Lorcerie (CNRS, IREMAM) : Renan, le colonialisme et l’Islam

Session 2 : 11h30-13h00

Mesurer, catégoriser et définir l’islamophobie

Animatrice : Kahina Rabahi (Salaam Sciences Po)

▬ Houda Asal (Centre Maurice Halbwachs) : Débats politiques et débats scientifiques autour du concept d’islamophobie
▬ Marwan Mohammed (CNRS, CMH) : Des données plurielles, différentes, limitées, mais convergentes. Le rejet de l’Islam en chiffres.
 Abdellali Hajjat (Université Paris-Ouest) : Antisémitisme et Islamophobie : essai de comparaison

13h-14h : pause repas

Session 3 : 14h00-15h30

Construction contemporaine de l’islamophobie

Animateur : Abdelkrim Branine (Beur FM)

▬ Jean Baubérot (EPHE) : République, religions et islamophobie
▬ Michelle Zancarini-Fournel (Université de Lyon) : Féminismes, islamophobie et laïcités
▬ Raphaël Liogier (IEP Aix-en-Provence) : Extension européenne du théâtre morbide de l’islamisation

Session 4 : 15h40-17h15

L’islamophobie en France et en Grande Bretagne : regards croisés

Animateur : Marwan Muhammad (porte-parole du CCIF)

▬ AbdoolKarim Vakil (King’s College London) : L’Islamophobie : contextes, enjeux et débats
▬ Olivier Esteves (Université de Lille 3) : Statistiques ethniques et religieuses : une arme à double tranchant
▬ Valérie Amiraux (Université de Montréal) : Islamophobie ou discrimination à raison de la religion? Comparaison franco-britannique

Conclusion et clôture : 17h15-17h30

Doudou Diène, grand témoin du colloque et rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de discrimination raciale.

Lumières sur: Al-Biruni

 Troisième portrait de notre série sur les savants. Après avoir mis à l’honneur un turc et un arabe andalou, place à un perse. Et pas n’importe lequel.

 Afzal Muḥammad ibn Aḥmad Abū al-Reḥān, plus connu sous le nom d’Al-Biruni est sans conteste le savant le plus brillant de l’époque médiévale. Sa carte de visite est effrayante : Mathématicien, géographe, historien, géologue, chronologue, linguiste, astronome, astrologue, pharmacologue, médecin, philosophe et maître de la géodésie, Al-Biruni navigue avec aisance de disciplines en disciplines.

C’est bien simple, s’ il avait du s’inscrire dans un lycée contemporain, il aurait tout fait en même temps: S, ES, L, option maths compliquées, grec, LV1 arabe (qu’il maîtrisait parfaitement), LV2 Sanskrit , LV3 Hébreu, LV4 Syriac, pour le fun il aurait fondé un club d’astronomie et aurait entretenu une relation épistolaire avec Bruno Latour sur l’eco-système des noix de Saint Jacques dans la baie de Saint-Brieux.

Birun signifie « dehors » ou « à l’extérieur » en persan. Al-Biruni a tôt fait de quitter les faubourgs de Kath pour aller à la découverte du monde, honorant ainsi un proverbe persan qui dit « Si tu veux être apprécié de ce monde, meurs ou voyage ! ». Al-Biruni a passé sa vie la tête dans les étoiles et c’est tout naturellement qu’il a fini par atterrir sur la lune en 1970.

Sa vie

On sait peu de choses de l’enfance d’Al-Biruni sinon qu’elle a été marquée par l’absence de figures paternelles. Si il montre dès son plus jeune âge un engouement pour les sciences naturelles,  sa rencontre avec Abu Nasr Mansour va véritablement lui donner une nouvelle dimension. Sous l’impulsion du neveu de la famille royale Iraq, Al-Biruni prend goût aux mathématiques et à la cosmologie. Il a tout juste 17 ans lorsqu’il conçoit l’instrument qui va lui permettre de calculer la latitude de Kath. A l’orée du premier millénaire, il entreprend un voyage au cœur de l’empire Samanide où il fait la connaissance d’Ibn Sina.

Il séjournera ensuite à la cours de Qabous puis au sein de l’académie de Mamun, avant d’être attrapé par Mahmoud de Ghazni  qui avait au préalable déclencher une de ces guerres civiles dont il a le secret. Le fondateur de la dynastie Ghaznévide n’est pas du genre à demander « s’il vous plait » lorsqu’il s’agit de se servir et expédie Al-Biruni manu militari au cœur de son royaume. Al-Biruni y fait la rencontre de scientifiques indiens et profite de ces années pour se consacrer à différents ouvrages.

Il entre à la cours en 1022 en qualité d’astronome. En 1031, Masoud de Ghazni succède à son père et semble beaucoup plus bienveillant à l’égard d’Al-Biruni. Le savant lui dédiera même le Canon masoudien en 1035, une œuvre magistrale traitant d’astronomie, d’ingiénérie et de géographie.

Al-Biruni poursuit ses recherches sous le règne de Mawdud, fils de Massoud. Il meurt en 1050 et il faudra plusieurs siècles pour que son travail soit reconnu à sa juste valeur en Occident. En 1970, l’Union astronomique internationale réalise que si un Américain a marché sur notre satellite, Al-Biruni devrait bien pouvoir hériter d’un lopin de lune à titre posthume. C’est ainsi qu’un cratère de la face cachée de la lune s’est vu baptiser « Al-Biruni »

 Ses travaux

Malheureusement, très peu d’œuvres d’Al-Biruni nous sont parvenues. Déjà parce que les mongols en ont détruit pas mal quand ils ont mis à sac la Perse. Ensuite parce que l’intérêt porté à Al-Biruni fut assez tardif en Europe. Il se pourrait même que ses travaux aient été moqués par des scientifiques occidentaux qui les trouvaient trop ésotériques. A tel point que certains affirment retrouver Al-Biruni sous les traits d’ Aliboron, l’imbécile, l’âne dans les fables de La Fontaine.

 De fait, si vous cherchez des ouvrages du savant, vous risqueriez d’être déçu. Le Livre de l’Inde reste à ce jour l’un des rares écrits d’Al-Biruni disponible en français. Il est quasiment introuvable. Cet article a donc été construit sur la base de la « Chronique des nations anciennes ou les vestiges du passé », une œuvre historique d’Al-Biruni restituée en anglais par Eduard Sachau. Il me faut aussi vous citer le travail énorme produit par mon ami Pierre de la Saussay dans le cadre d’un mémoire intitulé « Al-Biruni, un millénaire de connaissances et de réception en Occident » soutenu avec brio à la Sorbonne. Sans son travail et la générosité avec laquelle il a bien voulu le partager, cet article n’aurait probablement pas vu le jour.

On reviendra donc sur la chronologie des nations anciennes plus loin . Attardons nous avant sur les prouesses scientifiques d’Al-Biruni.

 Le savant a tout de même réussi l’exploit de calculer à son époque et avec ses moyens le rayon de la terre qu’il a évalué à 6 339,6 km. On estime de nos jours que le rayon moyen est de l’ordre de 6 371 km. Une erreur de retenue qui n’a pas été posée peut-être. Toujours est-il que l’apport d’Al-Biruni à la trigonométrie est considérable. Il laisse derrière lui des tables d’une précision extrême, et signe des avancées remarquables dans les calculs de ce qui deviendra plus tard les sinus.

 Il s’attaque également à la thèse d’Aristote selon laquelle le vide n’existe pas. Il faudra attendre 1660 pour que Robert Boyle invente une pompe à vélo qu’il montrera à toute l’Europe pour réaliser qu’Al-Biruni était sur la bonne voie.

Plus intéressant encore, en se basant sur la projection de l’ombre de la terre sur la lune, Al-Biruni laisse entrevoir de le Canon de Masoud l’idée selon laquelle notre planète serait ronde. Sans aller jusqu’à développer la thèse d’un système héliocentrique, Al-Biruni partait là encore sur une bonne piste que Galilée entérinera … 600 ans plus tard.

Enfin, Al-Biruni serait effaré de savoir qu’aujourd’hui la règle de trois nous sert essentiellement à calculer le montant de remise sur un article soldé de chez Zara. Il a consacré tout un traité à la règle de 3 dans lequel il touchera (déjà) au nombre p montrant qu’il s’agit d’un nombre irrationnel.

Tout ceci ne vous parle pas ? Rassurez vous, pour le modeste ES que je fus, ma compréhension d’Al-Biruni est extrêmement lointaine.

On en vient ainsi à la chronologie des nations anciennes. Un ouvrage fabuleux dans lequel Al-Biruni passe au crible les célébrations de plusieurs civilisations tout en essayant de comprendre comment sont calculées ces dates dans les calendriers respectifs de chaque civilisation qu’il imbrique dans un système d’ères et d’époques.

On se laisse porter par les connaissances incroyables qu’Al-Biruni avait réuni sur l’Histoire  de l’Islam mais également sur l’Histoire de la Grèce antique, du Judaïsme, du Christianisme, de l’Hinduisme, du Zoroastrisme.

Il se lance ainsi dans des descriptions méticuleuses de chaque calendrier, tables à l’appui. Sa connaissance fine de chaque civilisation lui permet d’éprouver les rencontres entre les monothéisme (Achoura pour l’Islam et le Judaisme) ou encore ici sur les temps de révélations :

« Regarding the Thora, we have already mentioned that it was revealed on the 6th of Siwan, on the feast of Congregation (‘Azereth). If, at that time Ramadân coincided with Siwan, the matter is so as has been said. But there is no possibility of setting this question because the year in which the Torah was revealed is not known, if it were known, we should inquire into the subject by chronological computations. The report regarding the Gospel is the saying that nor arrangement, nor composition, and the revelation of the other books is altogether unknown and cannot be found out. God knowns best ! »

Al-Biruni conclut son ouvrage avec une parole emprunte de sagesse

«  Every man acts according to his fashion, and the value of a man lies in that which he understands »

Au final, Al-Biruni nous a transmis bien plus que sa science. Voilà un homme qui s’est intéressé de près à l’Autre. Qui a cherché à comprendre son Histoire, ses croyances, ses coutumes et son Univers. Un savant qui a dépassé la compréhension des siens pour mettre son savoir au service de l’Humanité.

A l’heure où l’on veut nous faire croire que les croyances des uns et des autres sont imperméables à toute forme de passerelle, nous avons terriblement besoin de nous rappeler que ce sont les curieux comme Al-Biruni qui ont fait avancer notre compréhension du monde.

A trop avoir le nez dans les défauts des autres, on en oublierait presque qu’au dessus de nos têtes, ce sont les mêmes étoiles qui brillent et c’est le même astre qui nous éclaire dans l’obscurité. Et sur sa face cachée, rayonne le nom d’Al-Biruni.

KH.

Vidéo Conférence: Entrepreneuriat et éthique musulmane

Qui n’a jamais rêvé de monter sa propre boîte ? Entreprendre renvoie à un idéal : être à son compte, gérer son temps, créer de la valeur, une dynamique autour d’une idée ou d’un projet et pouvoir vivre en même temps sa foi de manière décomplexée. Outre ces intérêts individuels, l’entrepreneur a aussi le pouvoir de créer du bien pour l’humanité, à la croisée des chemins entre l’efficience économique et l’assouvissement d’un besoin social et solidaire.

Dans le même temps, l’éthique religieuse dans l’aventure de l’entrepreneuriat peut être source d’angoisse du fait de la prohibition de l’usure par exemple, la crainte de perdre ses valeurs ou mettre sa spiritualité entre parenthèse; peuvent représenter des barrières infranchissables pour certains jeunes entrepreneurs.

En ce sens, quelle adéquation entre entrepreneuriat et éthique musulmane ?

Salaam a proposé d’explorer le temps d’une conférence, l’articulation possible entre entrepreneuriat et éthique musulmane. Cette conférence était ouverte à toute personne musulmane ou non, sensible aux fondements éthiques d’un entrepreneuriat social, responsable et solidaire. L’expérience de nos intervenants, Jean-Luc Karleskind , Imen Alaoui et Majdouline El Ghazouani nous a permis d’éclaircir nos interrogations en la matière.

Chronique du croyant n°7: la faiblesse d’esprit

Avant de commencer, je tiens à préciser que cette expérience est strictement personnelle et que ce que je décris ici n’est que le ressenti que j’ai eu au cours de mon cheminement. Celui que j’appelle faible d’esprit ici, c’est uniquement moi, sans faire de généralité sur une forme de croyance ou de non-croyance.

J’ai souhaité partager ce sentiment avec l’idée que peut être d’autres que moi pourraient se reconnaître dans mon parcours, ou simplement mieux comprendre l’un des cheminements possible du croyant.

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