« La prière n’est pas seulement un rappel au croyant… »

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(c) Amin Abedini 

Nombreux sont ceux, croyants ou non, qui s’interrogent sur la prière rituelle en Islam. « 5 fois par jour ! » est une exclamation courante qui devance « Mais tu as le temps de les faire ? » ou « mais ce n’est plus une prière, ça devient un automatisme non ? C’est impossible de les faire constamment correctement». Longtemps démunie face à de telles critiques, ma seule réponse a été d’invoquer ma foi comme rempart à la lassitude. Pourtant, souvent, les prières accumulées à la fin d’une longue journée et la fatigue s’ajoutant, je n’ai eu de cesse de m’interroger sur le bienfondé de telles critiques : la prière en Islam ne serait-elle seulement qu’une ruse censée nous rappeler, nous croyants, à notre devoir d’invoquer Dieu au moins 5 fois dans notre journée ? S’il est aisé de justifier le jeûne, la profession de foi, le pèlerinage et l’aumône, qui consiste en des attestations de foi ponctuelles, la prière reste un des piliers les plus récurrents au quotidien qui prend une part considérable dans la vie du croyant.

La prière est constituée de l’acte en soi, comme son nom l’indique, qui se compose en invocations suivies de prosternations mais surtout et avant tout d’une étape de purification du corps. Pourquoi cette purification, certes symbolique, est-elle si centrale dans la prière ? Cette purification est si importante qu’elle annule la prière si elle n’est pas (ou mal) réalisée. C’est dire son importance ! Mais pourquoi tant de chichis autour de la purification ?

Ce qu’il faut comprendre, et qui est fondamental dans la prière en Islam, est qu’elle institue un dialogue entre le croyant et son Créateur, d’où la nécessité du croyant d’apparaître pur face à son Créateur. En effet, avant de se rendre à un rendez-vous, on se prépare et parfume; il en est de même avant de commencer sa prière. Comme une amie me l’a rappelée, la prière, pour le musulman, doit être un moment impatiemment attendu, tel un rendez-vous qu’on se refuse de rater.

Mais pourquoi ? Voyons l’analyse d’Ibn ‘Arabi dans son ouvrage La Sagesse des Prophètes de la Sourate Al Fatihah :

« Ainsi, le serviteur dit : « Au Nom de Dieu, le Clément (arrahmân), le Miséricordieux, (ar-rahîm) », et Dieu répond : « Mon serviteur Me mentionne » ; le serviteur dit ensuite « Louange à Dieu, le Maître des Mondes », et Dieu dit à son tour : « Mon serviteur Me rend grâces » : le serviteur continue : « Le Clément, le Miséricordieux », et Dieu dit : « Mon serviteur Me loue » ; le serviteur récite : « Le Roi du jour du jugement », et Dieu dit : «Mon serviteur Me glorifie, il se remet à Moi.» […] Ensuite, le serviteur prononce : « C’est Toi que nous adorons, et c’est de Toi que nous implorons le secours » ; et Dieu dit : « Ceci est partagé entre Moi et Mon serviteur, et Mon serviteur recevra ce qu’il demande ». […] Lorsque le serviteur dit ensuite : « Conduis-nous sur la voie droite, la voie de ceux sur qui est Ta grâce, non de ceux qui subissent Ta colère, ni de ceux qui errent », Dieu dit : « Tout cela revient à Mon serviteur, et Mon serviteur recevra ce qu’il demande ».

Une dichotomie est évidente dans cette sourate où la première partie se rapporte exclusivement à Dieu alors que la seconde fait référence à l’individu. De plus, ce n’est pas seulement une glorification de Dieu qui est réalisée par la prière, c’est surtout un dialogue où le croyant, loin d’être cet individu passif qui reproduit inlassablement les mêmes gestes et les mêmes invocations tel un automate, est profondément actif. C’est en effet lui qui est à l’origine de ce dialogue. De plus, c’est une participation mutuelle qui a lieu comme nous laisse deviner ce passage « Ceci est partagé entre Moi et Mon serviteur, et Mon serviteur recevra ce qu’il demande » qui est la réponse à ce verset « C’est Toi que nous adorons, et c’est de Toi que nous implorons le secours ». Ainsi la sollicitation de Dieu par le croyant permet une réponse de Dieu. D’où l’intérêt de ce tête-à-tête entre le musulman et Allah. Ibn Arabi explique par ailleurs, que dans cette prière, Dieu va même se manifester par la bouche de celui qui récite : « Dieu a entendu celui qui Le loue » (Samiâ Allahu liman Hamidah).

La prière n’est pas seulement un rappel au croyant, elle est surtout un échange entre Dieu et le croyant, un tête-à-tête privilégié qui nous rappelle cette parole divine « Ni Mes cieux ni Ma terre ne peuvent Me contenir, mais le cœur de Mon serviteur fidèle Me contient ».

FK

Introduction au Coran : contexte social et historique de l’Arabie au 7ème siècle

Le Coran offre à plus d’un cinquième de la population mondiale une conduite à suivre. C’est le Livre de référence pour les musulmans du monde en matière d’éthique, de lois et de pratiques dérivées. Ainsi, les musulmans croient que Dieu y a inscrit ses propres paroles qui décrivent une doctrine, des enseignements mais aussi une manière de vivre sa vie.

Coran

Dans cette série d’articles, nous tenterons d’analyser la complexité du Coran en abordant différentes interprétations depuis l’époque du prophète Muhammad aux défis de notre époque moderne. Ces articles se destinent à des personnes n’ayant aucune connaissance de l’Islam mais également à des personnes cherchant des éclaircissements sur différents aspects du Coran et de ses interprétations. Ce travail s’inspire de travaux faits par des savants de l’Islam mais nous ne prétendons pas proposer ici des articles scientifiques. 

  1. LE CONTEXTE SOCIAL ET HISTORIQUE DE L’ARABIE DU 7e SIECLE

Pour parler du Coran il est nécessaire de reprendre le contexte historique et social dans lequel celui-ci est apparu. En effet, la compréhension du contexte permet de mieux appréhender les références historiques qui sont directement établies dans le Coran.

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«Pour les musulmans» ou contre l’indifférence

Actuellement en échange universitaire à Copenhague, l’une de nos membres a pris le temps de nous adresser son retour de lecture du livre « Pour les musulmans » d’Edwy PLENEL, que nous avions invité à Sciences Po début octobre

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Edwy Plenel, co-fondateur et président de Médiapart, vient de publier un essai retentissant. Plus qu’un livre, «Pour les musulmans», c’est un engagement pour la paix en ces temps de surenchères islamophobes. Il est une once d’espoir qui tire les musulmans de leur solitude. 

L’ouvrage est librement inspiré d’un texte d’Emile Zola, «Pour les Juifs» (1896), son premier «j’accuse» qui l’engagera dans la lutte anti-dreyfusarde. Comme Emile Zola qui se saisit de sa plume pour dénoncer l’odieuse campagne anti-juive de son temps, Edwy Plenel lance un cri d’alarme contre une islamophobie banalisée. De même qu’à la fin du XIXe siècle, nous continuons à craindre un complot étranger et nous construisons un «ennemi intérieur». La peur du terrorisme islamiste s’est substituée à celle du judéo-bolchévisme. Les Musulmans, comme les Juifs autrefois, avancent à visage masqué et agissent dans l’ombre. Ils représentent un «problème», leur religion semble «incompatible» avec nos valeurs républicaines. Désormais, l’archivti-musulmane héritée du temps des croisades se superpose au vieil antisémitisme chrétien qui mènera aux folies meurtrières du XXe siècle.

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